dimanche 3 avril 2011

Au Maroc, l’étonnant discours d’un roi


Mohammed VI a surpris son peuple en annonçant mercredi une réforme des institutions qui, si elle devenait effective, transformerait le pays en monarchie constitutionnelle.

Il aura pris tout le monde de court. Onze minutes de discours, sept points et une réforme majeure pour le royaume. Elle était réclamée depuis de longues années par une partie de l’opposition, depuis quelques semaines par la rue, et plus personne ne l’attendait. En résumé, Mohammed VI a promis mercredi de renforcer le pouvoir du Premier ministre, qui deviendrait «chef d’un pouvoir exécutif effectif» et «pleinement responsable de la conduite du programme gouvernemental».
Valet. C’est la mesure phare de ce projet de réforme : le Premier ministre choisi par le roi étant devenu dans la pratique un valet du souverain, notamment parce que la Constitution actuelle, réformée en 1996, ne précise pas si l’institution gouvernementale est une entité subordonnée au monarque ou si elle est autonome. Désormais, ce Premier ministre sera obligatoirement issu du parti arrivé en tête des élections, et non plus choisi arbitrairement par le roi. Par ailleurs, la Chambre des représentants, élue au suffrage universel, devrait se voir dotée de pouvoirs supérieurs par rapport à la Chambre haute, dont les membres sont élus aux élections indirectes. L’indépendance de la justice, la séparation des pouvoirs, mais aussi la composante berbère amazigh du Maroc seront inscrites dans la Constitution.
Enfin, la démocratie devrait s’élargir aux régions, avec des conseils qui seront désormais élus au suffrage direct, leurs présidents dotés de pouvoirs qui revenaient jusque-là aux gouverneurs et aux walis (préfets) nommés par le roi. Pour mettre en œuvre cette batterie de réformes, une commission ad hoc doit être créée et sera présidée par le constitutionnaliste Abdellatif Menouni. Il aura notamment pour mission d’être «à l’écoute» et de «consulter les partis politiques, les syndicats, les organisations de jeunes et les acteurs associatifs». Les propositions de réforme devront être présentées au roi d’ici le mois de juin, avant d’être soumises à référendum, comme le prévoit la Constitution.
«Sacralité». Des mesures importantes sur le papier, saluées par l’ensemble de la presse hier. «Il a fait preuve de lucidité et d’intelligence politique, commente Driss Ben Ali, économiste et figure de la société civile. Il n’y avait pas péril en la demeure et il a su se montrer à l’écoute des revendications.» «Ce n’est pas assez, commente pour sa part Najib Chaouki, blogueur et l’un des organisateurs du «mouvement du 20 février», à l’origine de la vague de manifestations qui s’est emparée du royaume ces trois dernières semaines. Le roi réduit le pouvoir des walis, mais il ne résout pas le problème. On ne veut plus de walis ou de caïds[chef local, non élu, ndlr]. On ne veut que des élus, comme dans tous les systèmes démocratiques.» Nizar Bennamate, 25 ans, également membre du mouvement de contestation, est moins catégorique. «Les promesses sont intéressantes, mais je suis méfiant, explique-t-il. Le roi reste ambigu sur la question centrale de la monarchie : pourquoi n’a-t-il pas clairement parlé de monarchie parlementaire ?» Les deux confirment le maintien de la manifestation du 20 mars pour «continuer à faire pression». Ils veulent demander la libération immédiate de tous les prisonniers politiques et obtenir plus de garanties sur la transition vers une monarchie parlementaire.
Du côté des partis politiques, l’enthousiasme est unanime. «Les gens pensent que la monarchie parlementaire, ça se décrète, or, pour moi, c’est un processus, et il a été clairement lancé par le roi», relativise Ali Bouabid, membre du bureau politique du parti socialiste, l’USFP. Selon lui, Mohammed VI est allé très loin dans ce discours «historique et audacieux», en donnant des orientations qui ouvrent la voie à une «démocratisation du régime», notamment avec le transfert de pouvoir aux conseils régionaux. Lui craint plutôt une incapacité des «élites politiques et des partis à faire face à ces réformes».
«Ce discours ouvre beaucoup de perspectives, estime quant à lui Driss Ben Ali, mais pose aussi beaucoup de questions», en particulier sur le rôle du roi. Quelles seront les attributions exactes du Premier ministre ? Y aura-t-il toujours des ministères de souveraineté ? «L’armée, la sécurité et le Sahara occidental, traditionnellement placés sous l’autorité directe du roi, seront-ils soustraits à la responsabilité du gouvernement ?» De la même façon, le monarque a réaffirmé la «sacralité» de sa personne mercredi soir, et son rôle de «commandeur des croyants». «Je ne vois pas comment la sacralité peut s’accorder avec la modernité, estime encore Driss Ben Ali. Tout décideur politique doit pouvoir être contrôlé et évalué.»
Pour l’économiste, il faut donc «passer au plat de résistance» et mettre en œuvre tous ces principes pour pouvoir juger. Et jusqu’au mois de juin, date à laquelle la commission ad hoc chargée de la réforme doit rendre sa copie, il faut maintenir la pression de la rue. «Nous devons rester vigilants, comme en Tunisie ou en Egypte, où les gens continuent de manifester chaque jour.»

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